Traitement des vignes : poser le diagnostic de la maladie

L'INRAE classe les maladies de la vigne en maladies parasitaires et maladies non parasitaires. Les maladies parasitaires comprennent les champignons des organes aériens, les champignons du bois et les champignons telluriques, puis les bactéries, phytoplasmes et virus.

Les maladies non parasitaires sont les désordres nutritionnels (carences ou toxicités), le gel, la grêle, les phytotoxicités, le folletage, la foudre, le rayonnement solaire et la chaleur.

La flavescence dorée et le bois noir font partie des maladies à phytoplasmes.

Avant de choisir un traitement, notez les organes atteints, les symptômes et la cause probable. Maladies parasitaires, désordres nutritionnels et dégâts climatiques demandent des réponses différentes.

Avec quoi traiter la vigne : rechercher l’usage autorisé

Pour soigner une vigne malade et savoir avec quoi traiter la vigne, repérez d’abord la maladie à partir des organes atteints et des symptômes. Pour un produit, vérifiez ensuite dans E-Phy la spécialité, la culture, la cible et les conditions de l’usage autorisé.

Les conditions d'autorisation d'un produit figurent sur la page de ce produit dans E-Phy. La recherche par usage affiche les usages autorisés et les usages retirés ; les produits retirés du marché n'apparaissent dans E-Phy qu'après avoir décoché l'état « autorisé » dans le filtre.

Rouille de la vigne : diagnostic avant tout traitement

Un aspect rouillé des feuilles peut provenir de l’acariose. Les piqûres de Calepitrimerus vitis, un acarien, provoquent brunissement et aspect rouillé du feuillage. Elles peuvent aussi s’accompagner de déformations, de chute des feuilles et de pousses aux entre-nœuds raccourcis. Recherchez ces signes ensemble avant de choisir un traitement contre la rouille de la vigne.

La rouille foliaire de la vigne est une maladie fongique associée à Neophysopella euvitis, également nommé Phakopsora euvitis. Pour comparer votre observation à une photographie de référence, utilisez aussi ces noms scientifiques.

Retournez la feuille atteinte. La rouille foliaire produit des taches brunes anguleuses sur le dessus, avec mort des tissus. Au revers, les zones correspondantes portent des masses de spores poudreuses jaune orangé. Les feuilles atteintes peuvent se trouver dans toute la végétation. Une attaque peut entraîner une défoliation prématurée, réduire la croissance des pousses ainsi que la quantité et la qualité des fruits. Les photographies des deux faces permettent de comparer emplacement, forme et couleur des signes.

Comparez aussi le relief et la texture. L’érinose forme des cloques sur le dessus et des poils hypertrophiés au-dessous. Ce feutrage, d’abord blanc, peut devenir rosé, brun ou rouge. Ce sont des poils végétaux, alors que le dépôt de la rouille est constitué de spores.

Le black rot donne des taches brun clair bordées de brun foncé et ponctuées de petites structures noires, les pycnides, sur la face supérieure. Des baies ratatinées et momifiées renforcent cette piste.

Photographiez séparément le dessus, le revers et l’ensemble du rameau pour garder ces différences visibles. Pour chercher ensuite un produit dans E-Phy, utilisez la recherche avancée par culture et par cible identifiée, puis ouvrez la fiche du produit pour lire ses conditions d’autorisation.

Traitement d’hiver de la vigne : taille sanitaire et prophylaxie

Avant de traiter la vigne en hiver, distinguez la taille sanitaire d’une application de produit.

À la taille, contre l'excoriose, éliminez le maximum de sarments excoriés et brûlez-les. Contre le black rot, collectez et brûlez vrilles et sarments lésés, éliminez les grappes portant des baies momifiées, puis travaillez le sol après la taille pour enfouir sarments et baies tombés.

Contre l'esca, taillez par temps sec, évitez les plaies trop rases et protégez les plaies de taille ; arrachez et détruisez les souches mortes, sans les laisser en bordure de parcelle.

Contre le mildiou, éliminez les résidus de culture ou incorporez-les au sol tôt en saison : cela limite les oospores, source d'inoculum de la saison suivante.

Chlorose de la vigne : traitement et prévention

La chlorose vraie résulte d’un manque de fer dans le sol ; la chlorose induite, de son indisponibilité. Dans la chlorose physiologique, le transfert ou l’utilisation du fer dans la plante pose problème. Ces mécanismes peuvent se combiner.

Les jeunes feuilles sont touchées en premier : le limbe se décolore, tandis que les nervures restent plus vertes. Les formes sévères entraînent dessèchement entre les nervures et nécrose.

À la plantation, choisissez un porte-greffe tolérant au calcaire actif mesuré, avec une marge de sécurité. Complétez l’analyse par l’indice de pouvoir chlorosant. Avant de choisir un traitement naturel de la chlorose ferrique, recherchez d’abord la cause dans le sol et la nutrition.

La prévention repose sur le drainage, la limitation de la compaction, les enherbements et un taux correct de matière organique ; en terrain calcaire, le travail du sol risque de solubiliser le calcaire.

Les apports au sol sont les plus efficaces à moyen terme : avant le débourrement, 3 à 4 t/ha de sulfate ferreux enfoui pour éviter tout contact avec l'air, ou 30 à 80 kg/ha de chélates de fer selon la formulation.

Pour une correction ponctuelle en cas de symptômes récurrents, faites 3 à 4 pulvérisations foliaires de sulfate, nitrate ou chélates de fer à partir du stade 5 feuilles étalées.

La chlorose peut réduire la vigueur, le diamètre des bois et leur aoûtement. Les jeunes vignes s’établissent plus difficilement. Coulure, millerandage et perte de qualité des raisins sont aussi possibles.

Maladie du bois de la vigne : traitement et restauration

Le traitement d’une maladie du bois de la vigne commence par l’identification du dépérissement. Pour l’esca, aucune méthode curative ne permet d’éradiquer les champignons installés dans le bois.

Un cep atteint d’esca peut exprimer des symptômes foliaires une année et paraître sain la suivante.

L’esca produit notamment une pourriture blanche, l’amadou. L’eutypiose provoque des rameaux rabougris et une nécrose brune, dure et sectorielle dans le bois.

Le recépage, le regreffage et le curetage font partie des possibilités de restauration des pieds malades.

Pour l’eutypiose, recherchez des entre-nœuds courts, des feuilles chlorotiques et crispées et des nécroses marginales. Ces signes sont particulièrement visibles lors de printemps pluvieux. Ils peuvent disparaître une année alors que la maladie progresse.

Des zones noirâtres peuvent apparaître sur les parties du vieux bois sans écorce.

L’esca provoque des taches et nécroses foliaires. Les fruits peuvent mûrir tardivement, se flétrir ou porter des taches brun violacé. Un dessèchement rapide peut se confondre avec d’autres dépérissements.

Formez les jeunes troncs en respectant les trajets de sève et en limitant les plaies de taille. Taillez par temps sec et retirez les souches mortes sans les laisser en bordure.

Botrytis de la vigne : prophylaxie et tri de la récolte

Botrytis cinerea provoque la pourriture grise de la vigne. Le traitement contre le botrytis tient compte de la pression parasitaire connue dans la parcelle, du climat et de la stratégie choisie ; la protection chimique peut être envisagée à quatre périodes : fin floraison (stade A), fermeture de la grappe (B), début véraison (C) et trois semaines avant récolte (D). Lors des applications, les grappes doivent être bien protégées.

Pour un traitement bio du botrytis, l'INRAE cite les méthodes non conventionnelles : biopesticides (Bacillus subtilis, Aureobasidium pullulans) et bicarbonate de potassium.

Maîtrisez les dégâts d’oïdium et les attaques des ravageurs, notamment les tordeuses, qui favorisent les dommages sur baies.

Aérez le couvert et les grappes en organisant la végétation et en maîtrisant la vigueur. Éliminez les débris végétaux et les sources d’inoculum. Évitez le travail sur plantes humides.

De nombreuses souches de B. cinerea résistent à des fongicides de diverses familles chimiques ; l'INRAE conseille d'alterner des modes d’action différents.

À la vendange, évaluez l’état sanitaire et triez les baies botrytisées.

La pourriture noble correspond à des conditions particulières et à la production recherchée de vins liquoreux.

La pourriture pédonculaire commence par une lésion brune qui noircit et peut ceinturer les structures portant les baies. Les fruits en aval se flétrissent, se ratatinent puis tombent parfois. La contamination progresse aussi par contact entre baies, surtout dans les grappes compactes.

Sur les cépages blancs, les baies pourries peuvent devenir brunes, beiges ou violacées ; sur les cépages noirs, leur teinte peut être sombre à violacée sombre. Le temps sec peut conduire au dessèchement, tandis que l’humidité peut accompagner éclatement et extension de la pourriture. D’autres moisissures peuvent coexister au cœur d’une grappe botrytisée.

Le champignon survit dans les débris végétaux sous forme de conidies, de mycélium et de sclérotes. Le vent transporte les spores ; le mycélium progresse aussi par contact. La pénétration est directe ou se fait par les blessures.

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Excoriose de la vigne : surveillance, prophylaxie et contamination des pousses

L’excoriose de la vigne est liée à Phomopsis viticola. Elle concerne notamment la base des jeunes pousses et les sarments, avec des lésions qui évoluent selon l’âge des tissus. Le débourrement et la croissance des jeunes sarments en conditions humides constituent un contexte important pour son suivi.

L’excoriose touche aussi les feuilles et les baies. Recherchez des lésions foliaires sombres, parfois cerclées de jaune, et des baies brunies puis ratatinées.

Observez régulièrement les ceps et retirez les sarments excoriés lors de la taille. Après débourrement, surveillez particulièrement les périodes humides dans les régions exposées.

Le traitement de l'excoriose vise la période clé de sensibilité, au printemps après le débourrement, entre les stades D (éclosion des bourgeons) et E (premières feuilles étalées). Des traitements sont indispensables si des bois excoriés sont observés à la taille ou lors de printemps humides. En bio, du soufre peut être appliqué. Plusieurs fongicides anti-mildiou ont des effets secondaires sur l'excoriose. Les outils d'aide à la décision et les bulletins de santé du végétal servent au suivi.

En pépinière, utilisez des bois sains. Aérez la parcelle, maîtrisez vigueur et fertilisation et évitez de travailler sur des plantes humides.

Les lésions des jeunes pousses deviennent parfois chancreuses, avec un centre clair et fissuré. En vieillissant, les tissus cicatrisants deviennent liégeux. Après aoûtement, les nécroses peuvent s’accompagner d’un blanchiment automnal. Les bourgeons envahis peuvent ne pas débourrer au printemps suivant.

Les pousses étranglées à leur base peuvent casser sous le vent ou le poids des grappes. Les feuilles portent parfois de petites lésions sombres à halo jaune, puis deviennent déformées et criblées.

Le champignon se conserve par mycélium et pycnides. Au printemps humide, les conidies sortent en cirrhes et les éclaboussures les dispersent. Elles pénètrent notamment par les stomates, les lenticelles et les blessures. Les pycnides mûrissent en fin d’hiver, près du débourrement.

Traitement du mildiou de la vigne et du raisin : diagnostic et prophylaxie

Pour préparer un traitement contre le mildiou de la vigne, commencez par les symptômes et le stade de la parcelle. Ce traitement est préventif. Plasmopara viticola atteint les organes aériens herbacés ; les jeunes tissus en croissance sont particulièrement concernés.

Sur les jeunes feuilles, les taches translucides à huileuses jaunissent puis se nécrosent. Un duvet blanc de sporangiophores et de sporanges peut apparaître au revers. Sur les feuilles âgées, les lésions limitées par les nervures donnent parfois un aspect de mosaïque.

Les vrilles et les pétioles peuvent aussi présenter des altérations comparables à celles des jeunes rameaux.

Le mildiou sur grappe de raisin touche les inflorescences et les baies. Le « rot gris » concerne les organes floraux. Le « rot brun » produit sur baies des lésions violacées à noirâtres et déprimées.

La protection chimique anti-mildiou se met en œuvre préventivement, selon la réglementation en vigueur (produits dans E-Phy). Les traitements ont lieu surtout pendant la croissance de la vigne ; la floraison-nouaison est la période de plus grande vulnérabilité, et leur nombre dépend du climat et de la pression parasitaire. Un modèle de prévision du risque ou les bulletins de santé du végétal servent de repère.

En bio, seul le cuivre, sous ses quatre formes, peut être utilisé avec une certaine efficacité contre le mildiou.

Des souches de P. viticola résistantes à des fongicides de plusieurs familles sont présentes au vignoble : l'INRAE conseille d'alterner des modes d'action différents.

Côté prophylaxie : planter un cépage moins sensible, détruire les vignes abandonnées, drainer les rangs pour éviter la stagnation d'eau, aérer la végétation, supprimer les pousses basses et rejets traînant au sol.

Plasmopara viticola n’attaque pas les tissus aoûtés. Les jeunes rameaux peuvent porter des lésions brunes longitudinales et superficielles, parfois fissurées ou accompagnées de déformations.

Les oospores assurent la conservation hivernale dans les tissus atteints. Leur germination produit des structures qui libèrent des zoospores mobiles dans l’eau. Celles-ci pénètrent notamment par les stomates. Les hyphes se développent avec des suçoirs, les haustoria. Les sporanges des organes atteints provoquent ensuite des contaminations secondaires : le mildiou est polycyclique.

Diagnostic de la vigne : symptômes, photos et confirmation du mildiou

Pour confirmer un mildiou de la vigne, retournez la feuille tachée. Sur les jeunes feuilles, la tache translucide à huileuse du dessus s’accompagne d’un duvet blanc au revers : il est formé des sporangiophores et des sporanges de Plasmopara viticola.

Les fiches INRAE illustrent chaque faciès par des photographies numérotées : les figures 1 à 3 montrent les taches, les figures 4 et 5 le duvet blanc, les figures 6 à 8 le « mildiou mosaïque », les figures 15 à 20 les grappes.

Regardez ensuite la répartition dans la parcelle. Les pieds atteints sont d’abord groupés en foyers, puis la maladie gagne toute la parcelle.

Trois confusions sont fréquentes :

  • L’oïdium reste à la surface des organes verts sous forme d’un feutrage poudreux ; un feuillage très atteint prend une teinte grisâtre, comme couvert de poussière de sol.
  • Le black rot donne des lésions foliaires à liseré brun foncé portant des pycnides, et des baies ratatinées puis momifiées. Il ne faut pas le confondre avec le rot brun du mildiou, dont les baies portent des taches violacées à noirâtres, déprimées.
  • Sur les cépages partiellement résistants, le mildiou prend un faciès différent. L’INRAE renvoie vers l’observatoire OSCAR des cépages résistants.

Black rot de la vigne (pourriture noire) : diagnostic et traitement

Le black rot de la vigne produit des taches foliaires ponctuées de noir et des baies ratatinées puis momifiées. La lutte associe une protection chimique bien positionnée et des mesures prophylactiques qui réduisent l'inoculum. La protection chimique est préventive, avant la période de sensibilité qui suit le débourrement.

Les grappes momifiées, vrilles et sarments lésés sont des sources d'inoculum, tout comme les vignes abandonnées voisines, à arracher. Observer régulièrement les ceps permet d'enlever et détruire dès l'apparition les organes aériens atteints.

Plusieurs fongicides anti-mildiou et anti-oïdium ont des effets secondaires non négligeables sur le black rot. Des souches moins sensibles ou résistantes (IBS groupe I et Qoi) existent : l'INRAE conseille d'alterner des modes d'action différents.

Croisez l’historique sanitaire de la parcelle, le stade, le climat et les modèles de risque avec les bulletins de santé du végétal, et notez les traitements anti-mildiou et anti-oïdium déjà faits : ils ont aussi un effet sur le black rot. Maîtrisez la vigueur, aérez la végétation et évitez de travailler sur plantes humides.

Les spécialités autorisées figurent dans le parcours E-Phy.

Les lésions foliaires passent du chlorotique au gris puis au brun clair, avec un liseré brun foncé. Les pycnides forment parfois des cercles périphériques ou suivent les nervures. Sur les pétioles, pédoncules et vrilles, les lésions sont allongées et déprimées.

Les baies momifiées deviennent noires à reflets bleuâtres et rugueuses à cause des pycnides. Elles restent fixées ou tombent. Par temps pluvieux, une pourriture peut apparaître. La grappe est atteinte en partie ou en totalité.

Vigne sans traitement : ce que permettent les cépages résistants

Pour une vigne sans traitement, y compris une vigne de table sans traitement, les cépages résistants sont la piste à connaître. Dans tous les vignobles, la protection vise surtout deux maladies foliaires, le mildiou et l’oïdium. La résistance génétique des variétés est une alternative efficace et sûre pour réduire l’usage des pesticides, tant que les agents pathogènes ne la contournent pas. Surveillez donc la parcelle même avec une variété résistante : l’observatoire OsCaR suit l’évolution des populations d’oïdium et de mildiou, qui pourrait conduire à une perte d’efficacité des gènes de résistance, et vise une viticulture qui combine la résistance variétale et des méthodes de lutte complémentaires, comme les traitements fongicides, la prophylaxie et le biocontrôle. Le classement des variétés distingue les raisins de cuve et les raisins de table : vérifiez dans quelle catégorie est classé le cépage avant de planter.

Mildiou, excoriose, botrytis : traitement préventif ou bio

Pour choisir un anti-mildiou curatif ou un fongicide systémique, vérifiez dans la fiche E-Phy l’usage, le stade et les conditions de renouvellement. Devant un produit annoncé « anti-mildiou 21 jours », lisez l’intervalle autorisé entre applications dans la fiche de la spécialité.

Bicarbonate de soude, cuivre et bouillie bordelaise : vérifiez que la préparation envisagée correspond à un usage autorisé, pour le mildiou comme pour l’excoriose, le botrytis ou le black rot.

Pour traiter le mildiou de la vigne naturellement, seul le cuivre est utilisable en bio avec une certaine efficacité. Pour l'excoriose, du soufre est utilisable en bio. Pour le botrytis, les méthodes non conventionnelles sont les biopesticides et le bicarbonate de potassium.

Prochaine étape

Distinguez les cloques et les dégâts d’acariens, puis vérifiez le produit et l’usage dans E-Phy.